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Le jour où je suis rentrée chez moi

Le jour où je suis rentrée chez moi

Lucie vient d’accoucher.

Sa grossesse a été une succession de découvertes, d’interrogations, de surprises. Une grossesse physiologique, normale selon sa gynécologue, banale en sorte… Elle a suivi les conseils parfois contradictoires de son entourage, elle a fait tous ces examens médicaux qu’on ne comprend pas toujours, sources d’angoisses, qui rassurent le médecin et inquiètent parfois les parents…
Elle a tellement eu à cœur de bien faire !

« Fais attention au jaune d’œuf cru, je connais une personne qui a perdu son bébé après avoir mangé de la mayonnaise »,
« Faites du sport la grossesse n’est pas une maladie vous ne devriez prendre que 12 kilos le reste c’est du superflu »
“Tu conduis toujours ta voiture à 7 mois de grossesse? J’ai une collègue qui a accouché prématurément parce qu’elle faisait trop de route… »
« Bonjour vous êtes enceinte, nous allons vérifier si vous faites du diabète, et puis si votre bébé à des risques accrus de trisomie 21, mais le résultat de ce test ne vous garantit pas à 100% que tout ira bien »

Lucie a contacté une sage-femme sur les conseils de ses copines. Le rendez vous a été fixé pour un entretien prénatal avec Paul, son compagnon, ils ont pu faire part de leurs questionnements et de leurs peurs à Martine qui les a bien rassurés.
Martine leur a proposé tout un panel d’ateliers pour préparer la naissance et la parentalité, tout un chouette programme pour occuper des longues journées de congé maternité. De la piscine, de la sophrologie, des cours plus classiques en groupe… Elle a partagé son cheminement avec Paul, et ensemble ils ont posé toutes les questions qui leur tenaient à cœur. Ils ont tout prévu pour être prêts, les affaires pour le bébé, la demande en crèche, la visite de la maternité…

Lucie n’est pas une jeune femme très stressée, c’est plutôt une battante, une fille qui prend la vie du bon côté, la joyeuse de sa bande de copains, celle qui réussit plutôt bien dans son travail, dans sa vie, elle est celle pour qui on s’inquiète rarement.
Paul a beaucoup d’interrogations sur ce qu’il faut faire pour être un bon père, il questionne ses copains devenus papa récemment, son idée devient un peu plus précise…
Lucie sait bien qu’il y a un fossé entre ce qu’on lui explique et ce qu’elle va ressentir dans son cœur et dans son corps mais c’est bien de se préparer, elle se sent de plus en plus prête, la valise pour partir à la maternité est faite, la chambre du bébé a été décorée avec beaucoup d’amour….

Si elle avait su que RIEN ne pouvait vraiment la préparer à ça…

L’accouchement a bien démarré, à la maison, en pleine nuit, par la perte des eaux et puis les contractions ont suivi spontanément, par vagues, puissantes, tenaces… Le doute n’était plus permis c’était le jour J… le dernier jour de la grossesse.

Sa main dans celle de Paul, impatients mais pétrifiés par le doute et les émotions, surpris par les sensations intenses de ce ventre qui se serre si fort, ils ont fait confiance à la sage -femme qui les a accueillis à l’arrivée en salle d’accouchement, puis à celle qui les a soutenus pendant le travail… La péridurale posée, Lucie a pu s’apaiser, rire de bon cœur pour dissimuler le stress et l’atténuer, se serrer fort avec Paul, l’embrasser, se chuchoter des mots d’amour et d’encouragement, réaliser ce qui est en train de se passer… Elle a continué à chercher les bonnes positions pour que son bébé descende dans son bassin après avoir réussit à effacer le col…
Elle a pu se reposer jusqu’à la phase finale, la poussée, où elle s’est sentie forte et active, guidée par les encouragements enthousiastes de la foule présente lors ce moment si intime…
Lorsqu’elle a tenu son nouveau-né, leur petite Louise, dans ses bras, toute chaude contre sa peau, si différente de celle dont elle avait rêvé, elle a bien ressenti une émotion forte et intense, mais laquelle ? C’est si difficile à décrire… Elle a eu les larmes aux yeux de voir Paul si ému et si fier de leur petite famille.

Poussée, propulsée tout au long de l’accouchement par son corps qui a produit l’ocytocine et l’adrénaline nécessaires, elle a « fait le job », elle a « bien » accouché. On le lui a dit, répété, ses amies déjà mères l’ont félicitée, ça y est elle le sent , elle fait partie du « club des mères ». Les mères qui savent comment tout faire et qui ont l’air d’avoir toujours su faire, celles pour qui tout a l’air si évident… elle se sent encore plus perdue. Même Paul a l’air de penser qu’elle sait mieux que lui expliquer le comportement de Louise. Elle ne peut vraiment pas confesser son ignorance, pour quel genre de femme elle va passer ?

Son périnée la fait bien souffrir à cause de sa déchirure, lorsqu’elle est trop longtemps assise, ou debout, mais tout le monde lui dit toujours que « c’est normal » avec parfois des yeux levés au ciel, comme si la normalité empêchait la douleur. Elle dit ce quelle ressent et on l’interprète comme une plainte, elle qui voudrait juste qu’on la rassure. Lucie aimerait tant qu’on la prenne aussi parfois dans les bras et qu’on lui porte un peu de l’attention qui est toujours donnée à son bébé.

Alors elle a choisi de se taire, de faire comme si tout allait bien et de faire croire qu’elle maîtrise la situation. Et de toute façon, ce n’est pas son genre de se plaindre. On lui demande toujours des nouvelles de son bébé, on ne s’intéresse plus beaucoup à elle mais ça lui est égal… On lui affirme toujours qu’elle « doit » être tellement heureuse. Elle ne sait pas vraiment ce qu’elle ressent, elle n’a pas pris le temps de se poser la question , on lui dicte ce qu’elle doit faire alors autant qu’on lui dise aussi ce qu’une jeune mère est censée ressentir. Ça lui évitera les commentaires désagréables… Pourvu qu’on la laisse tranquille !

Elle a lu la fierté et l’émotion dans les yeux de son amoureux, elle a vu sa maman et sa sœur émues, son papa attendri, la larme à l’œil…. Elle même le dit aujourd’hui  » j’ai eu de la chance, j’ai BIEN accouché »
Son séjour à la maternité s’est bien passé aussi, elle a su s’occuper de sa petite fille comme on lui a montré. Louise a repris du poids alors le pédiatre a autorisé le retour à la maison. L’allaitement se passe, c’est difficile, cette disponibilité permanente, ce non rythme si difficilement compatible avec la vie actuelle, cette observation des signes que son bébé pourrait lui donner qui semblent tellement faciles à reconnaître, si instinctifs, si évidents…

La gynéco est passée aussi, elle a dit que la sortie se ferait en fonction de l’examen de Louise par le pédiatre, seulement si elle a bien repris du poids.
« Pas de question? C’est super, tout va bien, bon retour chez vous, vous prendrez rendez vous dans 2 mois pour la visite postnatale. En attendant il y a votre sage-femme qui va passer chez vous d’ici quelques jours. » Lucie se sent rassurée mais c’est tellement rapide que les conseils de sortie sont engloutis dans un flot d’informations. Ses questions viendront plus tard.

Lucie commence à toucher du doigt l’indifférence à son égard, la dépendance de son état au profit de celui de son bébé, et elle sent que la Lucie d’avant, celle qui était enceinte et qui bénéficiait de tant d’attentions, de tant de soutien…. cette Lucie-là sombre un peu plus chaque jour dans l’oubli… Ainsi va la vie…

C’est de sa faute aussi, elle ne sait pas vraiment bien faire, elle a tout le temps besoin de l’avis des autres, comme si La Vie des autres valait plus que la sienne finalement…
Parfois elle a même cette impression fugace que si elle n’était pas là, les autres s’occuperaient mieux de sa petite fille, que finalement elle est plutôt encombrante cette Lucie qui ne sait rien faire et qui embête tout le monde avec ses états d’âme et sa façon si gauche d’être maman, alors que c’est naturel quand même, tout le monde est maman depuis la nuit des temps.

Parfois elle voudrait s’enfoncer sous terre pour qu’on arrête de lui dire d’en profiter parce que ça passe si vite, alors que elle, tout ce qui l’aide en ce moment c’est de se dire que justement dans quelques mois, quelques années, elle aura construit avec ce petit bébé, cette étrangère, une relation plus forte de jour en jour et qu’alors à ce moment-là les choses seront plus simples, plus habituelles… Elle ne sait pas encore que lorsqu’on est une mère, nos enfants nous ouvrent tout au long de leur vie des chemins à tracer dans lesquelles il nous faut nous engouffrer, pour nous renouveler éternellement.

Elle aimerai que son Paul, celui qu’elle aime tant, cesse de croire que c’est si reposant d’être à la maison, que le monde cesse de penser que le congé maternité porte bien son nom.
Lorsqu’il rentre le soir harassé par son travail, en ayant rêvé de cette vie idéale faite de calme et de sérénité, de vacances idylliques en quelque sort à la maison, d’une osmose si parfaite et si évidente entre la mère et l’enfant, il pose un regard émerveillé sur cette jolie fille dont il est si amoureux, et il voit le désespoir et le doute qui prennent le dessus sur la combativité habituelle…
Elle voudrait tant qu’il la prenne dans ses bras et qu’il lui insuffle toute son énergie mais lui même est tellement dépassé….

Elle voudrait poser sa petite Louise, ce si joli fardeau, loin d’elle et l’oublier.
Faire comme si ce petit morceau d’elle n’avait jamais existé, comme si elle n’était pas responsable de lui.
Elle aimerait avoir envie de le désirer alors qu’il s’impose si souvent, pas toujours au bon moment.
Elle voudrait avoir le manque d’elle, pour la désirer plus encore et mettre son nez dans son petit cou tout chaud
Et puis la reposer parfois dans son lit quand elle sera fatiguée, trouver l’astuce sur internet, le transat magique où la tétine de rêve, la position d’allaitement si naturelle et si facile à mettre en place, qui stoppera les coliques de son bébé qu’elle aime et qu’elle connaît si peu.

Elle ne sait pas que son bébé a tant besoin d’elle, que son bébé ne connaît qu’elle , que c’est normal qu’il ne s’apaise que dans ses bras et que non il n’est pas capricieux. Que son pleur parfois si intense n’est que l’expression d’un désarroi, qu’il soit de l’ordre de la faim, ou de la peur, ce bébé-là a juste besoin qu’on lui dise « je suis là pour Toi ».
Son bébé ressent juste parfois, comme tous les enfants, qu’elle n’est pas exactement le bébé rêvé que sa mère voudrait, alors parfois elle se taira pour rentrer dans le moule , pour faire ce qu’on attend d’elle, être le bébé parfait.
Lucie supporte mal de se retrouver si loin de l’image de la mère qu’elle avait rêvé d’incarner. D’être cette mère qui pleure pour un rien, qui s’énerve, à qui on dit mais c’est normal, c’est le « baby blues ». Elle repense à Florence Foresti qui dit que c’est Johnny qui a le blues… et ça la fait sourire… entre 2 averses de larmes qui sortent de nulle part.

Elle ne sait pas que son bébé n’a d’yeux que pour elle et qu’elle est la meilleure mère pour lui, pas la mère parfaite , sûrement pas..
Mais qui voudrait d’une mère abominablement parfaite ?

Elle ne sait pas que le plus beau cadeau à offrir à son enfant, à sa fille, c’est justement cette magnifique imperfection qui lui donnera toujours l’envie puis la force de se surpasser lors des événements de la vie à venir.

On espère toujours la vie belle et facile alors que le vrai chemin est sinueux et imprévisible, mais si valeureux et si chargé de sens.

Un jour elle se rendra compte, Lucie, que la maternité l’aura aidé à se construire également, que devenir mère c’est beaucoup de sacrifices et de don de soi mais que c’est avant tout l’occasion de vivre la vraie vie, de transmettre des valeurs, de la joie d’échanger de la tendresse en famille , d’accompagner nos enfants vers la conscience et la responsabilité, mais surtout vers l’amour. Et que c’est une belle mission de vie.

Un jour elle se rendra compte que la maternité va bien au delà de ce qu’elle avait pu imaginer, et surtout que cette Vie la dépasse, que la Vie nous dépasse et que c’est très bien ainsi.

Que finalement on n’a surtout pas besoin de maîtriser pour être heureuse . L’envie de maîtriser, c’est peut être ça l’erreur de débutante qu’elle fait. En voulant bien faire, trop bien faire, elle se prive de sa liberté, de ses envies, de sa créativité. Elle oublie de se mettre au diapason, à l’écoute de cet enfant, elle ne prend pas le temps de ressentir les choses. Elle n’ose pas.

Lucie c’est moi Lucie c’est toi c’est chacune d’entre nous.
Ose être toi, crois en toi, et surtout Repose toi !

Written by

Marie-Élise Launay

J’ai démarré mon métier de sage-femme en structure hospitalière en 2005 puis après une expérience de vie à l’étranger où j’ai donné naissance à mon premier enfant, je me suis installée à l’ouest de la France où j’ai exercé en maternité privée. Je suis installée en libéral depuis 7ans, et j’aime par dessus tout aider les femmes à devenir le meilleur d’elles-même au travers de cette grande transformation de vie qu’est la maternité. Maman de 3 enfants, j’ai pu expérimenter 3 naissances complètement différentes, et 3 extraordinaires occasions de grandir encore plus dans ma vie de tous les jours, de devenir une meilleure amie pour moi, une meilleure alliée pour mes enfants et une femme plus épanouie pour vivre aussi de belles choses en couple. Les femmes que je rencontre au quotidien me donnent très souvent l’occasion d’avoir envie d’avancer dans ma réflexion autour de l’accompagnement de cette période du post partum si vertigineuse. Ma rencontre avec Gabrielle n’est surement pas le fruit du hasard, alors nous nous sommes lancées…. Osons explorer ce monde de la maternité et vous faire part de nos découvertes et de nos expérimentations afin de vous proposer des clés pour découvrir en vous tout votre merveilleux potentiel et votre capacité à être la femme qui sommeille en vous! Un but commun , une énergie communicative et une certitude d'être dans le vrai, à la bonne place, légitimes pour aider, voici ce qui nous anime aujourd'hui....

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