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Devenir mère au fur et à mesure

Devenir mère au fur et à mesure

Dans mon exercice de sage-femme, je suis très fréquemment témoin du fait que les femmes enceintes ont des peurs et des angoisses qui changent, qui évoluent pendant la grossesse. Il n’est pas rare qu’une patiente me confie sa culpabilité d’avoir eu des pensées négatives envers son foetus (elle a pensé à interrompre la grossesse par exemple parce qu’elle ne se sentais pas prête). Lors de la consultation suivante, on va plutôt aborder le stress qu’elle ressent par rapport aux choix du mode de garde à rechercher pour son enfant. On voit bien que d’un mois à l’autre les préoccupations ne sont pas du tout les mêmes, et c’est tout a fait normal!

On observe différentes phases dans le processus de devenir maman (qui correspond à la Maternalité), celles-ci sont rattachées à des problématiques différentes, et correspondent à peu près aux différents trimestres de la grossesse :

Au 1er trimestre: L’ambivalence

Il faut un certain temps à la femme pour réaliser que le bébé a été conçu, qu’il grandit, et qu’il s’agit d’un processus réel et actuel; que ce bébé ait été désiré ou non. Cela commence par des signes «sympathiques» de la grossesse: les seins un peu tendus, le ventre un peu plus ballonné, quelques nausées… Les symptômes plus brutaux comme les vomissements sont souvent la traduction corporelle de l’ambivalence du désir d’enfant qui se réalise.

Cette ambivalence se retrouve au niveau alimentaire avec le goût/ dégoût pour certains aliments, entraînant boulimie pour certaines, nausées et vomissements pour d’autres. Cela révèle parfois l’envie de garder le bébé et de le rejeter en même temps. L’ambivalence est d’autant plus forte si la femme est très active professionnellement, si le futur père est engagé ou non par rapport à la grossesse, si la situation familiale est complexe, notamment dans le cadre d’une famille recomposée, ou encore si la jeune femme est isolée de sa famille. Il est parfois difficile d’annoncer sa grossesse au travail, la culpabilité de laisser tomber son job pendant plusieurs mois peut être paralysante.

Ce premier trimestre est le moment où le corps doit accepter la grossesse, et ça n’est pas toujours simple. Les risques de fausse couche s’éloignent au fur et à mesure que la grossesse avance, et la femme se donne le droit de s’investir, d’autant plus que ça commence à se voir!

2ème trimestre:«Mon bébé sera-t-il normal?»

La grossesse se développe et la femme devient centrée sur elle même, sur ses fantasmes. Des remises en questions se font, le passé se réveille parfois. La femme s’identifie à sa propre mère qui a vécu cette même situation de grossesse, elle recherche des comparaisons, tente de trouver de l’écoute.

La jeune femme est déstabilisée, elle ressent le besoin de soutien indispensable de la part de sa mère et de son conjoint. Les carences affectives de la petite enfance remontent à la surface et la future mère peut se sentir triste et angoissée, certaines émotions refoulées (angoisse de séparation, d’abandon ) remontent à la surface. La femme enceinte doit prendre conscience que son propre vécu est de l’histoire ancienne, même si sa grossesse lui paraît faire écho au passé. Aucun événement n’est obligé de se reproduire.

Vers le 5ème mois, le bébé commence à bien bouger et ses premiers mouvements se font sentir, ce qui peut être bouleversant. La grossesse devient enfin concrète et palpable.
Il y a comme un état de plénitude, une complicité avec l’enfant qui s’installe, partagée avec le père de l’enfant.
Toute l’attention du couple et de la famille proche est fixée sur le bébé espéré :

-Celui qui est en bonne santé, le fameux «Beau» bébé
-La fille espérée, le garçon tant attendu!
-Le nouveau-né qui fait ses nuits, l’enfant qui sera performant, intelligent
-Celle qui va me ressembler, celui qui m’aime
-Celui qui réussira à la place de ses parents , qui suivra la tradition familiale, ou au contraire celui par qui le changement positif arrivera…

Cependant pour d’autres femmes, les mouvements du bébé sont ressentis comme une dépossession de son propre corps, avec un sentiment d’envahissement qui provoque anxiété, culpabilité et qui peut se manifester sous la forme d’insomnies, d’isolement et de mal-être caché. Il est difficile d’admettre qu’on n’aime pas être enceinte.
Cet état dépressif passe souvent inaperçu car la femme qui va mal accuse son corps : elle a mal partout , son dos la fait souffrir, et personne n’arrive à la soulager.
La douleur physique est facilement entendue et comprise par l’entourage, tandis que la femme enceinte se sent illégitime à parler de son mal être psychique. Comme si on n’avait pas le droit de trouver certaines étapes de la grossesse difficiles…  comme si c’était idiot de ne pas apprécier l’état de grâce de la maternité.

Il est pourtant «normal», lorsqu’on est enceinte, de ne pas être «comme d’habitude»!

3ème trimestre: «Serai-je capable d’accoucher?»

C’est le moment où la femme redescend sur terre, car la réalité s’impose d’elle-même: il va falloir donner naissance à ce bébé rêvé, il va falloir accoucher!
La naissance est imminente, on ne peut plus reculer.

« J’ai peur de souffrir, que mon corps soit abîmé lors de l’accouchement, j’ai des doutes sur ma propre capacité à «savoir» accoucher, j’ai peur de mourir,  j’oublie que mon corps sait faire et que je peux compter sur lui pour faire de son mieux… »

Et puis une fois cette étape dépassée, grâce à un entourage prévenant et attentif qui redonne confiance à la future mère, la peur de la rencontre avec le bébé redouté et pourtant si attendu envahit l’esprit. Les angoisses latentes deviennent réelles: l’enfant fantasmé devient l’enfant réel.

On peut craindre alors:

-L’enfant prématuré, celui qui est malade, ou handicapé…
-Le bébé qui pleure beaucoup, celui qui est «moche», qui n’est «pas fini»…
-La fille qu’on ne souhaitait pas, le «encore» un garçon !
-L’enfant que je ne suis pas sûre d’aimer, celui qui me rejettera…
-L’enfant autiste, celui dont on aura honte parce qu’il n’est pas sage….

La femme réalise qu’une autre étape se joue, devenir mère de son enfant, et non plus seulement fille de sa mère.
Va-t-elle faire aussi bien que sa mère? Mieux encore? Ou carrément pire?

«Serai-je capable de m’occuper de cet enfant?»

L’ambivalence pour le bébé peut resurgir peu de temps avant la naissance..

« J’ai trop hâte…. mais en même temps vais-je être capable de renoncer à mon indépendance?
J’ai tellement envie de voir mon bébé.. mais si j’étais une mère pas terrible?
Mon bébé va se rendre compte de l’imposture, je ne suis pas à la hauteur , je ne vais pas savoir m’occuper de lui…
Je vais tellement décevoir mon compagnon… On ne peut pas compter sur moi…
Et puis surtout j’ai peur. »

L’accouchement

Et puis viendra la naissance, l’instant crucial, l’instant «redouté», on n’a pas toujours conscience des freins que l’on se met juste avant d’accoucher…
Beaucoup de femmes disent avoir hâte d’être au jour de la naissance mais  il existe presque toujours une ou plusieurs résistances qui s’opposent à ce que la naissance ai lieu!

L’accouchement est la concrétisation du passage de l’état d’enfant de son parent , à celui de parent de son propre enfant.
C’est d’une évidence…. et pourtant l’inconscient doit à ce moment là opérer une gymnastique assez incroyable.

On fait comme on peut, on se laisse guider, on accepte la toute puissance de l’instant.
On se rend compte qu’on n’est pas grand chose face à la vie. Et surtout que le but de la naissance surpasse tout ce qu’on a pu vivre jusqu’à présent.

C’est cela aussi être mère: c’est NE PAS SAVOIR.

Parce qu’il n’y a pas de réponses à ces questions. Il n’y a pas une réponse , il y a la nôtre, celle qu’on va trouver avec le temps, avec nos ressources et toute notre énergie. On ne sait jamais si on fait bien, si c’est ce qu’il aurait fallut faire ou dire.
C’est cela être mère: Être à côté de la plaque. Et puis finalement non. Être à la bonne place.

Se sentir pousser des ailes quand souffle le vent de la réussite et puis tomber au moindre raté, vécu comme un échec cuisant. Ne pas avoir de certitudes. Plutôt des intuitions. Pas toujours les bonnes. Prendre du recul. Apprendre de ses expériences. Prendre l’air. Se répéter que l’on fait de son mieux, à l’instant présent , avec les cartes de la vie , et que le reste ne nous appartient pas.

Être indulgente, être bienveillante, d’abord avec soi-même… avant de pouvoir l’être pour son enfant, et pour son entourage.

Ne pas être la mère parfaite, être la mère suffisamment bonne…

Celle qui a envie de faire de son mieux.

Et c’est déjà tellement!

Written by

Marie-Élise Launay

J’ai démarré mon métier de sage-femme en structure hospitalière en 2005 puis après une expérience de vie à l’étranger où j’ai donné naissance à mon premier enfant, je me suis installée à l’ouest de la France où j’ai exercé en maternité privée. Je suis installée en libéral depuis 7ans, et j’aime par dessus tout aider les femmes à devenir le meilleur d’elles-même au travers de cette grande transformation de vie qu’est la maternité. Maman de 3 enfants, j’ai pu expérimenter 3 naissances complètement différentes, et 3 extraordinaires occasions de grandir encore plus dans ma vie de tous les jours, de devenir une meilleure amie pour moi, une meilleure alliée pour mes enfants et une femme plus épanouie pour vivre aussi de belles choses en couple. Les femmes que je rencontre au quotidien me donnent très souvent l’occasion d’avoir envie d’avancer dans ma réflexion autour de l’accompagnement de cette période du post partum si vertigineuse. Ma rencontre avec Gabrielle n’est surement pas le fruit du hasard, alors nous nous sommes lancées…. Osons explorer ce monde de la maternité et vous faire part de nos découvertes et de nos expérimentations afin de vous proposer des clés pour découvrir en vous tout votre merveilleux potentiel et votre capacité à être la femme qui sommeille en vous! Un but commun , une énergie communicative et une certitude d'être dans le vrai, à la bonne place, légitimes pour aider, voici ce qui nous anime aujourd'hui....

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